Quelques jours de marche ont suffit pour me rendre compte de la forte énergie qui existe sur la cordillère des Andes entre l’Argentine et le Chili. Accompagnée de deux ‘professionnels’ français de la montagne, nous avons contourné des lacs près de sommets enneigés, traversé des rivières au courant vivifiant et pénétré l’antre d’une forêt primitive dans laquelle règne, depuis des siècles, des arbres natifs millénaires.
Cette nature sauvage semble préserver une histoire d’hommes. Après avoir ressentie des énergies mystérieuses dans cet espace primaire foisonnant, l’on m’a raconté plus tard que des combats eurent lieu entre les Mapuches et les Incas. Ces derniers sont descendus jusqu’au sud de la cordillère des Andes pour dominer les Mapuches, qui ne se sont pas laissés faire.
Aujourd’hui, l’hostilité de la nature andine rend difficile le passage des hommes, pourtant des criollos -immigrants- y résident depuis fin du XVIII et début XIXème siècle. Dotés de chevaux bien bâtis, les hommes et femmes se déplacent avec leurs animaux et se rendent aux postes frontaliers pour se ravitailler avant l’hiver au vent glacial.
En chemin, nous rencontrons une femme seule d’une cinquantaine d’année qui coupe du bois devant sa petite maison colorée de jaune et bleu. Laëticia vit seule avec sa mère Blanca de 105 ans. Son mari est décédé depuis des années et ses enfants sont partis vivre dans les villes chiliennes les plus proches, soit plusieurs centaines de kilomètres…
Un peu plus loin, nous croisons son frère à cheval avec qui nous parlons, il est seul aussi. Puis, une autre femme nous propose son fromage au lait de vache et des oeufs frais. Elle vit également seule depuis le décès de son mari. Son voisin, chez qui nous mangeons, est aussi seul. Etrange ! Est-ce le fruit du hasard ? Aucune explication quand j’en demande les raisons. Non seulement, cette communauté de criollos vit isolée sur la cordillère des Andes, mais ceux qui la peuple vivent seuls dans leur maison de bois.















