Portfolio sonore - Mapuches (à voir en grand écran)
L’histoire des peuples qui habitent jusqu’à aujourd’hui les terres du Sud du Chili et d’Argentine, commence avec la lutte féroce des éléments naturels. La mer, l’eau et la montagne, éléments centraux de la géographie, approvisionnent l’homme, saisi entre le Mal et le Bien, se disputant ces terres étroites. Les survivants fondent un village, ceux qui décèdent se transforment en pierres et objets de la nature. Homme et nature, religion, culture et société, vie et mort, objets vivants et inertes, sont partie intégrante du peuple Mapuche.
Comme écrit José Bengoa, célèbre auteur de l’histoire des Mapuches du XIXème et XXème siècle, les gens de la terre ont été confrontés à l’intolérance d’une société qui n’accepte pas l’existence de la différence et des croyances naturelles. Cette société construite par le royaume d’Espagne, les « criollos » créoles européens, les chrétiens occidentaux, les propriétaires publics et privés, se sont dit civilisés et pourtant ils ont traité de terminer avec les sauvages, et à l’heure actuelle, avec les terroristes, les indigènes, les hommes qui vivent librement dans la pampa et dans la cordillère du continent. Contre le pouvoir culturel et économique, ils se sont défendus du sauvagisme civilisé ; ils ont fait ce qu’ils ont pu, ils ont vécu comme ils ont pu, ils se sont battu jusqu’à épuisement, et ils ont fini par être vaincus par le progrès.
Comme les siècles passés et l’actualité en témoigne, les Mapuches ont persisté à se protéger face à l’invasion coloniale, la conversion des missionnaires, et ils continuent à être au cœur d’une lutte permanente en faveur de leurs droits de vivre comme ils le souhaitent sur leur territoire. Soumis à l’intervention des entreprises forestières productives, à la construction d’infrastructures touristiques, à l’arrivée d’étrangers attirés par les grands espaces, les Mapuches s’indignent devant ces faits. L’ingérence des acteurs extérieurs sur les régions du Sud du Chili et d’Argentine provoque des tourments naturels considérables, que les gens proches de la terre subissent au quotidien.
Ces multiples exactions commises par ceux qui se croient civilisés à implanter des mégaprojets sur des zones vierges, au nom du mythe de la croissance mondiale, reflètent le manque de conscience de l’homme moderne, qui peine à changer son rythme de développement. Rien de plus affligeant de voir la culture Mapuche qui souffre de son histoire permanente réprimée, et qui n’est pas libre de vivre en accord avec ses propres convictions, ses modalités sociales et ses croyances ancestrales liées aux forces naturelles.
Wall mapu, piuke, nien, newen, kultrun… Ces mots en Mapuzungum symbolisent terre, esprit de la nature, force naturelle, cosmovision. Ils sont utilisés dans le langage courant des Mapuches, selon l’ancrage culturel où ils vivent. La répression et les discriminations ont été telles, que les populations de certaines zones géographiques ont perdu la tradition orale. Cela est plutôt valable en Argentine où les Mapuches ont été majoritairement décimés. Cependant, l’oralité vit à travers la mémoire du peuple Mapuche et raisonne comme un tambour, qui fait vibrer le cœur des hommes, de la Terre et des éléments vivants de la nature.
Certains membres des communautés Freire, Icalma et Ruca Choroy se sont dévoilés à moi, étrangère « winka », non sans difficultés en raison de leur relation historique avec le monde extérieur. J’ai appris à vivre leur quotidien de vie, là où le temps est rythmé par les climats changeants, là où les tensions et les souffrances sociales perdurent. Les jeunes, les femmes, les anciens, les caciques avec qui j’ai partagé la culture Mapuche m’ont donné une raison censée de me solidariser avec un peuple qui détient un message fort de sens, celui du lien existant entre l’homme et la nature. L’on m’a permis de vivre une cérémonie spirituelle où les membres de la communauté remercient la nature de ce qu’elle leur offre et demandent de recevoir les fruits de jouvence qui répondent à leurs besoins de subsistance.
J’ai relaté plusieurs histoires sur mon journal, j’ai dessiné ce que j’ai vu, et j’ai enregistré la voix de ceux qui ont bien voulu se confier à moi. Des jeunes ont été interpellés par le projet Amérila et souhaiterait bénéficier des mêmes outils et moyens que je dispose pour partager leur vision, leur culture, leur mode de vie. J’ai ainsi compris que la cause oubliée des Mapuches doit être soutenu largement car ce peuple détient une harmonie de vie et une vérité.