L’Amérique latine en quête d’un développement durable dans un monde en crise
L’Amérique latine apparaît tel un continent où tous les mondes sont possibles. Les changements émergeants dans plusieurs pays latins ces dernières années ont montré que le continent avait la capacité de passer d’une dictature à une transition démocratique (certes fragile) ou encore de dépasser l’extrême misère par l’application de politiques sociales. A ce jour, le développement socio-économique et environnemental est ancré dans les politiques nationales tout comme à l’échelle internationale, pourtant l’on voit des crises majeures frapper les sociétés actuelles ici et là-bas. Le stade de développement industriel en Amérique latine est loin d’être terminé, ce qui laisse toutes les cartes au continent de se positionner en parallèle dans une logique de développement durable.
Depuis la conférence des Nations Unis sur l’environnement et le développement durable qui s’est tenu à Rio de Janeiro au Brésil en 1992, l’Amérique latine connaît les défis à atteindre à ce sujet et s’efforce de trouver des solutions alternatives au développement. Cependant, le continent rejoint également les préoccupations mondiales sur l’équilibre à trouver en matière économique, social et environnemental. Malgré les ambitions vingt ans plus tôt, il est force de constater que le taux de pauvreté est record, les ressources naturelles s’épuisent de plus en plus rapidement, et la répartition des richesses de la planète reste toujours inégale. Ce constat fait état d’une situation mondiale délicate que les organisations internationales saisissent pour renouveler l’organisation d’une rencontre sur les enjeux du développement durable « RIO+20 » qui se tiendra en juin 2012.
La crise mondiale montre son visage obscur partout, et l’Amérique latine est menacée également par un système de production de consommation capitaliste, incarné par les grandes entreprises, les marchés financiers et les gouvernements qui en assurent le maintien, une dégradation de l’environnement liée à l’exploitation agricole ou l’extractivisme massif. Ceci entraîne des pénuries de ressources primaires nécessaires à la survie des espèces naturelles et intensifient les risques de bouleversement climatique. Pendant que les zones rurales se vident de toute biodiversité, les zones urbaines s’agrandissent en même temps que les problèmes sociaux se renforcent au sein de quartiers populaires où vivent les personnes les plus démunies.
De fait, les tensions s’expriment des mouvements de protestation de divers groupes sociaux (paysans sans terre, peuples indigènes, groupes de femmes,..) pour réclamer des changements dans les orientations données au sein des hautes sphères publiques et privées. Ce combat se généralise au cœur des sociétés traditionnelles et modernes qui s’interrogent sur les dimensions possibles pour résoudre les problèmes auxquels doit faire face l’humanité et la vie sur la terre.
Ce projet s’intéresse au sens large à développer des échanges rapprochés entre des organisations locales ou des groupes communautaires qui sont concernées par ces sujets, et de recueillir leurs voix, leurs opinions, leurs alternatives de vie. Il s’agit de rendre visible leur témoignage par le biais des portfolios sonores thématiques et d’utiliser ce matériel comme outil de sensibilisation dans divers médias, et si possible lors de la conférence de « RIO+20 ».
Exclusions et inégalités des peuples originaires
Les peuples originaires représentent une part significative de la population en Amérique latine, à savoir plus de 34 millions de personnes, qui subissent pour la majorité différentes formes d’injustices en matière de pauvreté, santé, éducation, emploi, droits humains, et environnement. Les populations amérindiennes vivent souvent dans des conditions précaires, elles se voient privées de l’accès à la terre, aux ressources naturelles, et à la reconnaissance de leurs droits. Leur culture est menacée de s’éteindre car leur voix est exclue des processus décisionnels et sont soumis à des logiques de domination, de discrimination, et de division.
Plusieurs exemples de violation de droits des peuples amérindiens comme le développement des activités agricoles, minières et extractives ainsi que l’adoption de vastes projets d’aménagement, tels que la construction de barrages et de routes qui ont entravé les terres indigènes ancestrales, malgré leurs titres de propriété. En Argentine, Brésil, Chili et Paraguay, des indigènes considérés comme faisant obstacle à certains intérêts commerciaux ont été menacés, harcelés, expulsés de force ou déplacés, voire tués. Ces atteintes aux droits humains ont été commises en même temps que se développaient les opérations d’exploitation des ressources sur leurs territoires.
Au grand dam de ces peuples, ils sont contraints à migrer vers d’autres zones rurales ou urbaines, et ils se retrouvent appauvris sans aucune compensation de leur départ forcé. Une part importante de leurs connaissances et leurs ressources traditionnelles ancestrales faisant appel à des lois relevant de la terre sacrée et de la cosmologie spirituelle disparaissent. Certaines communautés indigènes sont protégées dans des réserves naturelles gérées par des institutions publiques-privées, d’autres persistent à vivre selon des modes traditionnels, tout en évoluant vers la modernité.
Considérés comme les gardiens de la biodiversité, les institutions internationales reconnaissent que les peuples amérindiens ont tout intérêt d’être impliqués dans les décisions prises par les échelons locaux, régionaux, nationaux et internationaux. Pourtant, leur parole est trop peu entendue. Si les indigènes n’ont pas de voix et restent exclus des circuits décisionnels politiques, ils ne pourront rendre pérenne leurs connaissances sur l’environnement et leurs savoirs ancestraux. Ainsi, il apparaît important de s’intéresser à leurs conceptions de vie pour en tirer des enseignements futurs et leur permettre de vivre dignement.