Aluminé, décembre 2011
La communauté Mapuche Ruca Choroy est située dans la zone rurale Aluminé à quelques kilomètres de San Martin de los Andes. L’organisation Propatagonia, avec qui je suis en contact, développe diverses activités locales, de concert avec les membres de cette communauté mapuche. Agriculture biologique, cours culinaires, radio communautaire dynamisent les actions communautaires.
Accueillie par une famille mapuche, au cœur de roche où se cache un trésor, j’apprends à vivre à leur rythme et je découvre les activités collectives, qui occupent une grande majorité des familles. Vivant dans une zone assez reculée, près de la frontière chilienne, leurs ressources premières sont souvent les bêtes : moutons, chevaux, poules, etc. Le travail est physique tout au long de l’année.
Le début de la période estivale, en décembre, est consacré à la tonte des moutons garnis d’une épaisse toison de laine andine. Les fermiers et bergers s’activent pour « esquilar », tondre en vue de récupérer la fourrure de leurs bêtes. Une grande partie de la laine est vendue à des grossistes de la ville la plus proche, qui s’occupent ensuite de la revendre à des industries textiles. L’autre partie est utilisée par les femmes de la communauté pour tricoter des tissus artisanaux mapuches.
Les habitants vivent au rythme du temps, des saisons été et hiver, du climat chaud et froid. Les journées sont longues et brulantes, le moment est opportun pour faire pousser fruits et légumes, sous serres. D’ici à quelques mois, l’on s’attèlera à récolter les pignons, l’arbre sacrée Araucanian de la région et symbole des mapuches. Les occupations de chacun sont liées au maintien de la vie de famille, et directement connectées à la gestion individuelle de son lopin de terre ainsi que l’organisation collective de la communauté.
Une dimension politique est omniprésente pour coopérer avec différents organismes institutionnels, tels que le parc national, dans lequel se trouve la communauté, la province de Neuquèn, en ce qui concerne la distribution des subventions publiques. Plusieurs tensions subsistent au niveau de la gestion des ressources naturelles avec le parc, des luttes persistent pour bénéficier d’un titre de propriété, et ainsi avoir une reconnaissance légitime et officielle de leurs droits de vivre sur leurs terres. Un des membres engagés de la communauté, Céférino exprime sa rancœur envers l’hypocrisie institutionnelle, qui profite de maintenir les communautés mapuches aux crochets des aides sociales.
La culture mapuche est un thème délicat, quand l’on aborde ce sujet, les plaies sont encore ouvertes. La langue mapuche a été réprimée jusqu’aux années 1990, ce qui entraine des conséquences majeures sur la perte de l’identité, du mode de pensée et du lien d’appartenance à une culture commune. Les grands parents n’étaient pas autorisés à parler leur langue, les cinquantenaires et les jeunes ont reçu des brides d’une culture brimée par les colons européens. Depuis une dizaine d’années seulement, les états reconnaissent le droit des peuples originaires de se rapprocher de leur entité culturelle.
– Plus d’informations sur le documentaire sonore en cours de réalisation –


















